Léon DEGRELLE - Lettre historique
Léon Degrelle (1906-1994)
- Lettre historique sur ses périples à la fin de la Seconde Guerre mondiale -
Lettre autographe signée à Pierre Daye - 8 pages in-4, écrites au recto de 8 feuilles. Très bon état.
Contexte : Condamné à mort par contumace par le Conseil de guerre de Bruxelles, le 29 décembre 1944, Degrelle gagne, fin avril 1945, le Danemark puis la Norvège, deux pays toujours sous contrôle allemand ; il atteint Oslo, où il réquisitionne un bombardier bimoteur Heinkel 111, et il finit, après avoir survolé une grande partie de l'Europe, par atterrir en catastrophe sur une plage de Saint-Sébastien dans le nord de l'Espagne.
TRANSCRIPTION
[Reçu le 28 août 1945]
Saint-Sébastien, Le 7 juin 1945
"[...] Je n'ai échappé que par un miracle à ma manière. La nuit du 1er au 2 mai, j'ai été appelé chez Himmler, ma division et celle des Flamands (que je commandais aussi pour finir !) devant se placer derrière Lubbeek. J’eus juste le temps de me glisser avec ma petite voiture tout terrain entre les Russes et les Anglais. L'instant d'après, le passage était coupé. J’eus beau faire, je ne pus regagner les débris, d'ailleurs épars, de la Légion. Il ne me restait qu'une poignée d'hommes, déjà arrivés à Lubbeek. Un dernier front antibolcheviste demeurant, celui du Nord de la Norvège, je décidai de reconstituer là-bas un groupe de combat, d'autant plus que je savais que d'autres Wallons essaieraient par mer de gagner le Danemark. Y arrivai à Copenhague, après mille péripéties, juste pour tomber en pleine révolution. Je passais 14h au milieu de la meute triomphante. Un de mes deux officiers d'ordonnance fut englouti dans la marée. Grâce au culot inouï d'un Allemand en civil, je parvins à traverser la ville entière en pleine émeute, sauter sur une petite embarcation de guerre et, après avoir vu les Anglais descendre en avion sous mon nez à Copenhague, j'arrivai à Oslo le dimanche !
Là, le lendemain, c'était de nouveau la capitulation à 2h de l'après-midi. Nous passâmes des heures hallucinantes. Finalement, à 10h du soir, un sous-officier de l'aviation allemande, que je ne connaissais ni d’Ève ni d'Adam, m'offrit de risquer le coup : s'envoler dans la nuit vers l'Espagne. Le champ d'aviation n'était pas encore pris. Un avion privé était dans un hangar : l'aviateur alla expliquer qu'il devait le conduire à Trondheim. Nous glissâmes en « stoemeling » dans l'appareil. A 23h ½, sans carte, nous foncions à l'aventure. Rester dans la ville, c'était se faire prendre par les partisans. Attendre le lendemain, c'était être prisonnier d'une division anglaise aéroportée. Nous allions braver la chance ! Mais quelle aventure !
D’abord, nous fîmes un large tour par la mer du Nord, puis il fallut bien attendre la Hollande. Bientôt, je vis avec horreur un phare allumé derrière nous, puis ce fut sous nous, puis loin devant nous. Nous étions repérés. On illuminait des champs d'aviation. On nous interpellait par radio : « Qui êtes-vous ? Que faites-vous ? » Nous allions jeter l'alarme dans toute l'Europe, fêtant la victoire ! Mais que d'émotions ! Nous guettions pourtant l'arrivée des chasseurs ennemis ! À toute vitesse, nous survolâmes Anvers, tout brillant dans la nuit. Ah ! mon cœur se serrait en survolant ma patrie ! Anvers était là, Bruxelles était là, la forêt de la Canche, ma maison ! Mais je pensais aussi à tous mes ennemis au-dessus desquels je passais, me payant leur tête ! Puis ce fut Lille ! Puis Paris, éblouissant, avec des phrases qui, de partout, essayaient de nous happer ! Mais plus nous allions vers le sud, plus notre passage devait paraître normal. Qui pouvait, dans cette nuit de fête, imaginer un avion allemand au-dessus d'Orléans ou d’Angoulême ? Pourtant, nous étions inquiets de la direction, d'autant plus que le rayon d'action de l'avion, avec le minimum d'essence, était de 2100 km. Or, en ligne directe, d'Oslo aux Pyrénées, il y avait 2150 km. Nous risquions terriblement d'échouer près du salut ! [....]"
Envoi soigné
Retour accepté


