STENDHAL - Lettre à sa sœur Pauline
STENDHAL (1783-1842, Henri Beyle, dit)
Lettre autographe signée « Henri » à sa sœur Pauline. [Brunswick, 25 décembre 1807]. Bel état – réparation faite sur la zone de décachetage
3 pages (224 x 185 mm) à l'encre brune, sur un double feuillet. La dernière donne l’adresse « Monsieur Beyle [son père], pour Mademoiselle Pauline Beyle, sa fille à Grenoble (Isère) ». On y trouve également un cachet de cire rouge et un tampon « PRUSSE »
Très belle lettre autographe d'Henri Beyle, futur Stendhal, adressée à sa sœur bien-aimée Pauline. Elle est rédigée alors que l'écrivain n'a que vingt-quatre ans, quand, avant de devenir l'un des plus grands romanciers français du XIXᵉ siècle, il sert l'administration de l'Empire napoléonien.
Depuis novembre 1806, il est nommé intendant des Domaines à Brunswick et se charge des missions administratives et financières dans les territoires allemands occupés par la France.
Cette lettre est écrite le jour de Noël, au moment de son départ pour Paris, où il doit rencontrer le ministre de la Guerre, le général Dejean, afin de traiter des finances. Stendhal annonce simplement : « Je pars aujourd'hui, jour de Noël, à 5 heures du matin, pour Paris. »
Il décrit ensuite les intempéries de l’hiver avec une sensibilité qui annonce déjà le futur romancier : « Il fait un temps affreux mêlé de pluie, de grêle et de neige ; il fait noir comme dans un four, le vent éteint les bougies dans les lanternes de la voiture. »
On reconnaît surtout l'attachement de Stendhal à sa sœur. Pauline Beyle est l'une des personnes auxquelles il est le plus profondément lié. L'auteur multiplie les demandes affectueuses, en particulier dans cette très belle formule en trois impératifs : « Porte-toi bien et aime-moi et écris-moi. »
Transcription :
"Je pars aujourd’hui, jour de Noël, à 5 heures du matin, pour Paris. Je t’écris cela bien pour que tu aies à m’écrire bien vite à Paris, rue de Lille, nº 55.
Je devais partir il y a huit jours, mais le Gouvernement et l’Intendant ont voulu attendre des matériaux plus étendus pour ma mission.
Tous les préparatifs du voyage sont enfin finis. Il fait un temps affreux mêlé de pluie, de grêle et de neige, il fait noir comme dans un four, le vent éteint les bougies dans les lanternes de la voiture. Hier, à 7 heures du soir, je ne pensais plus à ce voyage ; il aura ses peines et ses plaisirs, revoir tant de personnes si chères ! mais les quitter au bout de huit jours !
Je t’écrirai dès que j’aurai mis le pied en France, à Mayence. Je vais par Cassel, Fulde, Francfort. Les postes sont si indignement servies que nous ne recevons point de lettres directement. Peut-être celles que nous écrivons ont-elles le même sort. D... est en bonne santé et en route de Posen sur Varsovie.
Porte-toi bien et aime-moi et écris-moi. Dis à nos connaissances comme Mme Marnay que je saisis l’occasion de la nouvelle année pour l’assurer que quoique galopant de Brunswick à Paris, je ne l’en aime pas moins que lorsque Colomb et moi allions faire la partie chez elle.
Ainsi de suite, n’oublie pas."- Lettre publiée dans Stendhal et ses amis, par H. Cordier, p. 84-85 ; a fait ensuite partie de la collection de M. P.-A. Cheramy. Dernière provenance : Fonds de Wolfdietrich Hassfurther (Autriche)Envoi soignéRetour accepté


